F. comme Françoise ...

Mis à jour : 2 juil. 2020

Du plus loin que remontent les souvenirs de f., ce sont des images de montagnes de haricots verts qu'on équeute en bavardant, de conserves de fruits d'été, roses et dorées. Des odeurs de confiture, de poulet rôti. Des souvenirs d'œufs doux et tièdes rapportés du poulailler dans une poche, de groseilles à maquereau grappillées sur l'arbuste... Très  tôt  on confia à f. des responsabilités « culinesques »: le dimanche,  alors que sa mère préparait  le plat principal, sa sœur était  chargée du dessert et elle, de l'entrée ! Elles papotaient, se disputaient, riaient à la cuisine avec bonheur. Sa mère fait la meilleure tarte du monde: quelques dizaines de minutes avant le repas, elle verse une quantité totalement hasardeuse de farine, y ajoute le morceau de beurre nécessaire  qu'elle  a prélevé, au jugé, de la plaque, un peu de sel un peu d'eau ... elle pétrit quelques minutes, sommairement et étale  une pâte  souple et obéissante directement sur la table. Elle prend, pour chaque tarte la décision qu'elle ne va pas poser les fruits n’importe comment, s'applique... range méthodiquement les deux premières tranches...puis déclare qu’elle n’a pas trop le temps et jette les autres morceaux de fruits en pagaille sur la pâte ! Un petit nuage de sucre plus tard, le gâteau est au four. Ça embaume, c’est divin ! F. cultive, elle, le plaisir du détail, de la précision : elle lit, elle compare, elle choisit les produits, elle essaie, elle note, elle réessaye, elle corrige, elle entérine... ou pas. Ce qu'elles ont en commun, c'est le plaisir de voir les autres se régaler, le bonheur d'offrir un pot de confiture, un pâté. La joie de donner une recette à un ami ou de partager un secret de cuisinière...


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